IFAT - Institut Français de l'Analyse Transactionnelle

Les concepts d'origine de l'analyse transactionnelle

Les besoins de base Les états du moi Les transactions Les jeux psychologiques Le scénario

Le scénario

La scène que vous pouvez lire ci-dessous va nous servir à illustrer les explications concernant le concept de scénario.

Bernard rentre du travail, il est content, il a reçu une promotion inattendue. Il sifflote, il se sent comme un enfant insouciant. Il arrive chez lui, sa femme Anne est dans la cuisine, elle épluche des légumes.

« J'ai une excellente nouvelle », lui dit-il.
Anne : « Quelle bonne nouvelle ? »
Bernard : « J'ai eu une promotion »
Elle lui répond avec un ton neutre : « Ah bon, tant mieux ».
Il ajoute : « Oui, je suis satisfait. »
Anne hausse les épaules et lui dit : « Enfin, une promotion, je n'y croyais plus » !
Bernard « Ah bon, mais pourquoi ? »
Anne soupire « Oh ! comme ça »
Bernard est vexé par cette remarque et lui dit « C'est toujours pareil avec toi, tu ne te réjouis même pas, j'en ai marre »
Anne rétorque « Non, c'est pas mal, mais depuis le temps que tu l'espérais, c'est normal ! »
Bernard lui dit : « Oui, bien sûr, avec toi tout est normal »,
Elle lui répond « Oui, ce n'est pas normal, mais depuis deux ans, ils te la doivent bien cette promotion ».
Bernard, énervé, dit : « Oui, eh bien viens dans mon entreprise, tu verras si c'est normal ! Décidément,
tu ne comprends vraiment rien
».
Anne est piquée au vif et lui répond « Eh bien, puisque je suis bête, fais-le toi-même le repas » et elle quitte la cuisine en claquant la porte.

Chaque personne écrit très tôt l'histoire de sa vie, et la peaufine durant toute son existence. Le scénario de vie est comme le scénario d'une pièce de théâtre avec un commencement, un milieu et une fin.

C'est comme dans un film, le scénario est peuplé de héros, héroïnes, comparses avec un thème principal et des intrigues secondaires. Ce scénario peut être teinté de couleurs différentes, drôles, tragiques, ennuyeuses, passionnantes ou sans attrait.

Tout être humain porte en lui son histoire. Il l'a enfouie dans sa mémoire et elle est hors de portée de sa conscience. C'est pourquoi il ignore être l'auteur de son scénario.

La théorie du scénario a été développée par Eric Berne dans le milieu des années soixante. Une des idées essentielles de Berne est l'aspect décisionnel, existentiel de l'élaboration du scénario par l'enfant.

Sur ce schéma, Eric Berne a représenté l'appareil scénarique (fig4) qui montre comment l'enfant est influencé par les trois états du moi des parents et des figures parentales dans la construction de son scénario.

Il l'a défini ainsi : « Chacun décide dans sa petite enfance comment il vivra et comment il mourra, et ce projet qu'il transporte dans sa tête, où qu'il aille, est appelé son scénario »2.

Le scénario est conçu pour durer toute la vie. Il repose sur des décisions de l'enfance et une programmation parentale continuellement renforcée qui justifieront de manière inconsciente une fin particulière qu'Eric Berne nomme « bénéfice scénarique ».

Mais alors, l'homme est-il libre, est-il autonome, est-il esclave ?

Reprenons l'exemple de Bernard et Anne.

Bernard a été un petit garçon dont les parents commerçants travaillaient énormément et il a manqué de signes de reconnaissance. Lorsqu'il épouse Anne, il attend beaucoup d'attention de sa part. Ceci-étant, il retrouve dans leur relation le sentiment de ne pas être soutenu, ce qui confirme inconsciemment sa croyance de scénario : « je suis seul ». « Personne ne répond à mes attentes ».

Anne a vécu son enfance dans une famille pétrie de principes où « il ne faut pas s'écouter ». Elle a manqué d'empathie et a souffert de solitude affective. Elle a décidé d'être forte et de se débrouiller seule.

Elle a des difficultés à être proche, à rentrer dans l'intimité.

Dans son mariage elle rationalise ses sentiments en disant «  c'est normal de… », et justifie ainsi sa croyance de scénario « que les autres s'écoutent trop, et que dans la vie, elle doit se débrouiller seule ».

C'est ce qu'elle confirme dans les jeux psychologiques avec Bernard où elle ne s'avoue pas son réel besoin de reconnaissance et confirme sa croyance « c'est toujours pareil, elle ne peut pas s'expliquer ».

L'analyse transactionnelle permet de déchiffrer les situations conflictuelles et répétitives vécues par Anne et Bernard. Au travers d'un travail thérapeutique, ils pourraient sortir, s'ils décidaient de changer, de ces processus scénariques.

Le scénario est à la fois un contenu et un processus. Le contenu c'est l'histoire de la personne, le processus c'est la façon dont la personne « agit » son histoire.

Pour Eric Berne, nous naissons « Prince » ou « Princesse », c'est-à-dire dans une position fondamentale : j'ai de la valeur et l'autre a de la valeur. En américain OK+ / OK+. La façon dont chacun se perçoit et dont chacun perçoit les autres est appelée position de vie existentielle.

Eric Berne a émis l'hypothèse que la personne élabore son scénario par l'interaction avec son environnement. Pour établir l'hypothèse d'un scénario et poser la guérison d'un patient comme possible, il est nécessaire de rendre à l'homme la responsabilité de ce qu'il devient.

Les scénarios reposent sur un nombre répertorié de thèmes, le plus connu étant celui de la tragédie œdipienne. Les autres scénarios se retrouvent dans la mythologie et théâtre grecs et dans les mythes, véhiculés dans les contes de fées.

Eric Berne a classé les différents types de scénario de vie selon plusieurs classifications dont voici les principales :

  • les scénarios gagnants, ..., les non-gagnants et les perdants.
  • les scénarios selon les mythes «  Arachné : toujours, Tantale : jamais, Hercule : avant, Damoclès : après, Sisyphe : sans cesse, et Philémon et Baucis : sans conclusion/fin. ».
  • les scénarios manifestant les interdictions inhibitrices par exemple : « tu n'es pas capable » ainsi que les encouragements stimulants et permissifs par exemple : «  tu es capable ».
  • les scénarios se référant au sphincter privilégié dans la culture familiale : oral, anal, phallique.

Eric Berne se rend compte qu'avec les questions qu'il se pose, il est à la frontière du psychologique et du philosophique. Il en déduit que le scénario a une dimension existentielle.

  1. D'après la figure représentée p. 92, Berne Eric, Que dites-vous après avoir dit bonjour ?, Tchou, 1988.
  2. Berne Eric, Que dites-vous après avoir dit bonjour ?, Tchou, 1988.
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