IFAT - Institut Français de l'Analyse Transactionnelle

A.T Sciences Humaines

Une journée avec Socrat

15/04/2015

De Frédéric Back, C.T.A - P

Dans cet article, Frédéric Back fait part son témoignage de participant à la dernière journée d'étude organisée par SOCRAT. Mais au-delà de son vécu lors de cet évènement, l'auteur opère un mouvement réflexif sur ce qui semble souvent sous-tendre les actions des analystes trasactionnels, à savoir une soif  de reconnaissance qui pourrait paraître inextinguible.

Je fais partie de ces personnes qui affectionnent la réflexion théorique en lien avec la pratique. J'aime aussi questionner la culture et les pratiques de la communauté des analystes transactionnels. A l'occasion de la journée d'étude -«  La recherche dans tous ses états «  De la motivation à la publication  » - j'ai eu envie d'en connaître davantage sur cette association satellite de l'IFAT et de l'EATA, créée en novembre 2010.

La perspective de rencontrer pour la première fois José Grégoire qui m'avait stimulé par ses nombreux articles et son livre «  Les états du moi. Trois systèmes interactifs  » suffisait déjà à me réjouir de cette journée. J'allais enfin percevoir de près son style et sa cohérence de pensée. J'ai toujours cru que la rencontre était plus riche que la seule écriture. J'y capte des subtilités que je n'entrevois pas toujours dans mes lectures et qui me permettent de revisiter ma compréhension. 

La première partie de journée lui était consacrée pour traiter du thème  : «  Qu'est-ce qu'au fond qu'une théorie et qu'en fait le professionnel dans sa pratique  ?  ». A l'issue de cette réflexion, je comprends la théorie comme un ensemble cohérent et organisé de concepts qui donne du sens et fonde des conduites à partir d'interprètations. 

Les limites du couple théorie - pratique nous renvoient aux nôtres, à notre expertise, à notre niveau de développement, à notre scénario, à nos valeurs, à notre cohérence, à notre implication et à notre créativité. La pensée théorique procède d'une mise en forme  ; elle concentre et s'offre à la médiatisation. Elle propose l'intégration ; elle ouvre et stimule le sensible. D'une certaine façon, il est vain de croire qu'on apprend une théorie et des concepts sans en faire soi-même l'expérience. Je pense ici à cette population de jeunes étudiants gavés de savoir, sortant de l'université plein d'illusions qui se transforment bien vite en une douloureuse sensation de vide. 

La matinée s'est terminée par un repas en commun organisé par l'association. C'est un changement. Je n'avais encore jamais vécu avec les organisations d'A.T. une telle initiative. Lorsque j'étais infirmier, toutes les manifestations étaient organisées avec un repas qui avait comme intérêt de créer un espace informel de partage. J'y avais noué de nombreux contacts et j'y avais beaucoup appris. C'était un plaisir de voir tous ces confrères d'horizons différents se parler et échanger.

Véronique Guelfucci reprit le flambeau sur le thème des «  illusions et désillusions du chercheur  ». Ce fut une belle façon d'exposer la méthodologie de recherche au travers de son vécu. Cela me rappela ma propre expérience lorsque je réalisais mon mémoire de recherche en santé publique. J'ai été aussi attentif à la façon qu'avaient les auditeurs de se saisir du discours. La surprise est arrivée lors de la discussion en fin de conférence qui laissa émerger diverses préoccupations. 

Un thème en particulier attira mon attention. Il semblait révéler une inquiétude profonde sur la reconnaissance. On pourrait la formuler ainsi  : «  Comment faire de la recherche pour être reconnu  ».  Je n'ai pas été vraiment surpris. Cela fait de nombreuses années que j'observe les «  Analystes Transactionnels  » emportés par cette préoccupation. A ce moment de la discussion, je ne savais pas quel était précisément l'objet de Socrat. De retour chez moi je suis allé sur le site pour trouver cette information  :

Socrat a pour objet de  : 

- Développer les études et la recherche en analyse transactionnelle

- Diffuser les résultats des recherches et leurs applications sociales

- Mutualiser et mettre en réseau les travaux

- Partager et confronter avec d'autres approches

Et dans la rubrique «  Que faisons-nous  ?  » du site, il y est écrit  : «  Un objectif essentiel pour nous est de donner plus de visibilité aux écrits en AT afin d'obtenir une juste reconnaissance parmi les théories psycho-sociales. Nous souhaitons entre autres faire connaître les actions de SOCRAT à des institutions scientifiques.  »

Parmi les quatre objets de l'association, l'un est consacré au contenu et les trois autres à sa médiatisation. Il est aisé de s'égarer lorsque l'on est en mal d'identité et surtout, lorsque ce mal est constitutif de la culture d'une communauté. 

Les échanges qui ont eu lieu en fin de journée sont la démonstration d'un tel risque. Une vigilence me semble être de mise quant au risque de confondre le manque personnel de reconnaissance avec le besoin de médiatisation d'une action associative. 

L'analyse transactionnelle ne peut être le média de notre identité. Elle ne peut qu'être un prétexte parmis d'autres. On se développe avec elle mais elle ne peut se substituer à notre identité et notre valeur. 

Il y a quelque chose de symbiotique à attendre ou vouloir que l'analyse transactionnelle soit reconnue afin que peut-être, enfin, la personne en bénéficie. Les affirmations «  je fais de l'A.T.  !  » ou «  l'A.T. m'a apporté ceci ou cela  », révèlent bien plus notre besoin de développer notre autonomie que notre autonomie elle-même. Je crois profondément que notre valeur réside bien plus dans ce que nous faisons de l'analyse transactionnelle que ce que l'analyse transactionnelle peut nous apporter. 

Saurons-nous relever ce défi sans nous perdre  ? C'est peut-être là la vraie reconnaissance. Celle de se reconnaître d'abord soi-même. 

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